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Croiser ou rester en race pure ? La vraie KiwiCross® face à ProCROSS et au tout-Holstein

Lamanda Thierry15 août 2026
Troupeau KiwiCroo

C'est sans doute la question la plus controversée que se pose un éleveur en système herbager : faut-il croiser ou rester en race pure ? Et si l'on croise, tous les croisements se valent-ils ? Cet article confronte les quatre stratégies disponibles aujourd'hui — Holstein pure améliorée, croisement Jersey-Frison européen « bricolé maison », ProCROSS, et KiwiCross® (le vrai croisement Holstein-Friesian NZ × Jersey NZ) — avec un préalable obligatoire : lever la confusion française qui entoure le mot « Kiwi ». Article 4 d'une série de 5 ; à lire aussi l'article 2 sur les traits de la vache pâturante et l'article 3 sur la fertilité et les vêlages groupés.

L'hétérosis : ce que le croisement apporte mécaniquement

Avant de comparer des stratégies, il faut comprendre le mécanisme. L'hétérosis (ou « vigueur hybride ») est un effet biologique décrit dès 1876 par Charles Darwin, qui observait que les descendants de maïs issus de fécondation croisée dépassaient de 25 % ceux issus d'autofécondation — le terme « hétérosis » lui-même ayant été forgé par George Shull en 1914. Le principe est simple : quand on croise deux populations génétiquement éloignées, les descendants F1 surpassent en performances la moyenne des deux populations parentes. Cet effet est particulièrement marqué sur les traits dits « de fitness » : fertilité, longévité, résistance aux maladies, vigueur générale.

Les données publiées par DairyNZ sur le croisement Holstein-Friesian × Jersey en système pâturant donnent une vision complète de l'effet d'hétérosis F11 :

Trait

Impact de l'hétérosis (croisement HF × Jersey, F1)

Matière grasse

+ 4,7 %

Protéine

+ 4,6 %

Volume de lait

+ 4,2 %

Poids vif

+ 2,1 %

Fertilité

+ 5,2 %

Cellules somatiques (SCC)

– 4,1 % (favorable)

Carrière (longévité)

+ 13,5 %

Effet d'hétérosis sur la KiwiCross® F1 — données DairyNZ (matières grasses +4,7 %, protéine +4,6 %, fertilité +5,2 %, longévité +13,5 %)


Lecture : l'hétérosis F1 améliore significativement la matière utile (matière grasse + protéine), le volume de lait, la fertilité, le comptage cellulaire et — c'est le chiffre le plus marquant — la carrière de la vache avec une augmentation de 13,5 % de la longévité productive. Cet effet sur la longévité explique à lui seul une bonne partie de la valeur économique du croisement, parce qu'il dilue le coût de génisse sur davantage de lactations productives.

Ces chiffres sont corroborés par les recherches européennes. Teagasc, dans son schéma EBI, mesure sur le croisement Jersey × Holstein un hétérosis F1 valorisé à +472 € par vache sur sa carrière2. L'Idele, sur des troupeaux français, observe également des effets significatifs : +0,1 point de TP, –19 % de cellules, +9 % de fertilité par rapport à la Holstein pure3.

Mais — et c'est le point central de cet article — l'hétérosis n'est pas magique. Il améliore les performances par rapport à la moyenne des parents. Si les parents n'ont pas, dans leur génome, les traits dont vous avez besoin, l'hétérosis ne les créera pas. C'est ce que beaucoup oublient quand ils raisonnent croisement.

« Kiwi », « Kiwi-Cross », « croisement Jersey-Frison »… : la confusion française qu'il faut lever

Sur le terrain, en France, on entend le mot « Kiwi » utilisé pour à peu près tout. Une éleveuse vous dira qu'elle a « de la Kiwi » parce qu'elle a croisé sa Jersiaise française avec un taureau Holstein. Un autre vous expliquera qu'il fait « du Kiwi-Cross » en triangulant Holstein, Jersey et Rouge norvégienne. Un troisième parlera de « croisement Jersey-Frison » et utilisera indifféremment ce terme et celui de KiwiCross®. C'est faux. Et ces confusions polluent le débat éditorial et technique français.

La VRAIE KiwiCross® est le croisement Holstein-Friesian néo-zélandaise × Jersey néo-zélandaise, conduit et déposé par la coopérative LIC depuis 2005. C'est une marque enregistrée. Pas un terme générique. Et les performances mesurées sur la KiwiCross® ne sont pas le résultat de l'hétérosis seul — elles sont le résultat de l'hétérosis appliqué à deux populations qui, individuellement, ont été sélectionnées depuis plus de cent ans dans un système 100 % pâturant et saisonnier. C'est cette double sélection qui explique les chiffres LIC : longévité ≈ 5 lactations, IVV 365-370 jours, taux exceptionnels, broutage actif, robustesse podale.

Ce qu'est, et ce que n'est PAS, la KiwiCross®

✓ Ce que c'est : le croisement Holstein-Friesian NZ × Jersey NZ, conduit par LIC (Nouvelle-Zélande) depuis 2005. Marque déposée. Représente aujourd'hui environ 48 % du cheptel laitier néo-zélandais (source : Association Croisement Kiwi France).

✗ Ce que ce n'est PAS : un croisement Holstein européenne × Jersiaise française. Un croisement trois voies Holstein × Jersey × Rouge nordique. Toute vache croisée à robe brune ou pie-rouge au pâturage. De l'« inspiration néo-zélandaise » faite maison avec n'importe quelle Jersey et n'importe quelle Holstein.

Pourquoi la nuance compte : les performances mesurées sur la VRAIE KiwiCross® découlent du fait que les DEUX races parentes ont été sélectionnées en système 100 % pâturant et saisonnier depuis plus d'un siècle. Croiser une Jersiaise française et une Holstein française vous donnera de l'hétérosis (réel) mais pas une KiwiCross® — parce que les traits pâturants n'étaient pas dans le génome des parents.

La voie française structurée : l'Association Croisement Kiwi France (CKF) œuvre à la reconnaissance et la promotion de la vraie KiwiCross® en France. Elle publie le magazine Parlons Kiwi et fédère les éleveurs français qui ont fait ce choix.

Schéma technique LIC PROGENES — les 4 croisements pour obtenir une KiwiCross® F8/J8


ProCROSS : un croisement rotatif trois voies conçu pour les systèmes conventionnels

Le ProCROSS est l'autre grand programme de croisement organisé disponible aujourd'hui. Il a été développé par Coopex Montbéliarde (France) et VikingGenetics (Scandinavie), et combine en rotation trois races : Holstein, Montbéliarde et Viking Red (cette dernière étant elle-même un regroupement de trois races scandinaves : Suédoise Rouge, Ayrshire finlandaise, Rouge Danoise)4. Le programme est déployé commercialement dans de nombreux pays — États-Unis, Brésil, Argentine, Australie, Europe — et l'étude de référence souvent citée (Heins, Hansen et al., Université du Minnesota) porte sur des troupeaux ProCROSS américains en stabulation. L'argument commercial est solide : le croisement rotatif trois voies permet de maintenir 86 % d'hétérosis à toutes les générations (contre 50 % en croisement deux voies).

Les performances rapportées sont réelles : amélioration de la fertilité et de la longévité par rapport à la Holstein pure, taux protéique en hausse, vigueur générale améliorée. Pour un éleveur en système conventionnel ou semi-intensif (TMR, ration mixte, stabulation), le ProCROSS est une option économiquement valide.

Mais il y a un point qu'il faut nommer clairement : aucune des trois races parentes du ProCROSS n'a été sélectionnée intégralement dans un système 100 % pâturant saisonnier. La Holstein internationale est sélectionnée pour la production en TMR. La Montbéliarde est sélectionnée pour des contextes AOP-fromagers qui combinent pâturage estival et foin hivernal (le cahier des charges Comté/Morbier interdit d'ailleurs l'ensilage), mais sans la contrainte de vêlage groupé saisonnier qui structure la sélection néo-zélandaise. La Viking Red est sélectionnée dans des systèmes scandinaves majoritairement non pâturants. Le ProCROSS gagne donc en robustesse et en fertilité par rapport à la Holstein pure, mais il ne récupère pas, par l'hétérosis seul, les traits pâturants saisonniers (vêlage groupé, broutage actif, persistance sans concentré) que ses parents n'ont pas.

Il faut y ajouter une dimension que la série a déjà documentée : le gabarit. Les trois races du ProCROSS — Holstein internationale, Montbéliarde, Viking Red — sont toutes nettement plus grandes que les races néo-zélandaises. On raisonne ici 650 à 750 kg vifs, contre 450 à 550 kg pour la HF NZ, la Jersey NZ et la KiwiCross®. Or, comme nous l'avons vu au trait n°2 de l'article 2, le gabarit n'est pas un détail morphologique au pâturage : il commande la pression au sol sur prairie humide et les besoins d'entretien à couvrir, alors même que l'ingestion journalière est plafonnée par le système pâturant quelle que soit la taille de la vache. Un croisement rotatif entre trois races lourdes reste, sur ce critère, un croisement de vaches lourdes : l'hétérosis ne réduit pas le format de façon significative.

Ce n'est pas un jugement contre ProCROSS — c'est un constat sur l'origine des populations. Il n'est simplement pas le bon outil pour basculer en système herbager structuré.

Le croisement Jersey-Frison « bricolé maison » : pourquoi il ne fait pas une vache pâturante

Beaucoup d'éleveurs français en transition vers le pâturage tentent une voie médiane : croiser leur troupeau Holstein FR avec des taureaux Jersiaise française disponibles en IA. L'idée est intuitive — récupérer un peu d'hétérosis, améliorer les taux, réduire le gabarit.

Le résultat est intéressant mais limité, exactement pour la raison expliquée plus haut : l'hétérosis améliore par rapport à la moyenne des parents, il ne crée pas de traits absents. Si la Holstein FR et la Jersiaise FR ont toutes deux été sélectionnées dans des systèmes non pâturants (ce qui est largement le cas), leur croisement vous donnera une vache plus fertile, avec de meilleurs taux et un gabarit intermédiaire — mais sans le comportement de broutage actif, sans la persistance de lactation sur herbe pure, sans la robustesse podale en conditions humides. Bref, elle ne sera pas une KiwiCross®. Elle ressemblera à une KiwiCross® de loin, mais sera incapable d'en délivrer les performances dans un système herbager exigeant.

Croiser deux races européennes non pâturantes ne fait pas une vache pâturante. Croiser deux populations sélectionnées pour le pâturage pendant cent ans, oui. La différence n'est pas dans la formule du croisement. Elle est dans le génome des parents.

Tableau comparatif des quatre stratégies

Le tableau ci-dessous met côte à côte les quatre stratégies disponibles. La colonne en bleu (★) correspond à la stratégie la plus cohérente avec le contexte français, pour les raisons développées dans les articles précédents : volume + concentration + traits pâturants.

Critère

Holstein pure améliorée

Croisement Jersey-Frison FR « maison »

ProCROSS

KiwiCross® ★

Races parentes

Holstein FR

Holstein FR × Jersiaise FR

Holstein × Montbéliarde × Viking Red

HF NZ × Jersey NZ

Système d'origine des parents

TMR maïs/soja

Mixte FR (peu pâturant)

Conventionnel européen

Pâturage 100 %, saisonnier (depuis 1909)

Hétérosis F1

0 (race pure)

Réel (Jersey × Holstein)

Maintenu à 86 % en rotation 3 voies

Réel ; maintenu en rotation F1/F2

Aptitude au pâturage

Faible

Améliorée par l'hétérosis mais pas sélectionnée

Faible à moyenne (parents non pâturants)

Forte (parents sélectionnés en système pâturant)

Volume vs concentration

Volume élevé, MU diluée

Compromis

Volume préservé, MU améliorée

Compromis volume + MU élevée (HF dom.)

Fertilité, longévité, vêlages groupables

Faibles

Améliorées (hétérosis)

Améliorées (effet 3 races)

Excellentes (sélection saisonnière depuis 100 ans)

Pour la France : KiwiCross® à composante HF dominante, pas Jersey lourde

Comme on l'a montré dans les articles précédents, la grille de paiement française récompense le volume autant que la concentration. Cela conditionne la composition optimale de la KiwiCross® à introduire en France.

LIC propose plusieurs profils de KiwiCross®, avec des composantes Holstein-Friesian et Jersey variables. Pour un éleveur français livreur, la KiwiCross® à composante HF dominante est le choix le plus cohérent : elle apporte le volume nécessaire au modèle économique français tout en conservant l'aptitude pâturage et l'hétérosis. À l'inverse, les variantes à forte composante Jersey (qui maximisent la concentration MU) sont mieux adaptées au contexte néo-zélandais, où le volume est pénalisé.

Une précision réglementaire s'impose ici, car elle conditionne tout ce qui suit. À ce jour, les semences de taureaux KiwiCross® ne sont pas autorisées en France : le dossier reste en cours d'instruction auprès du Ministère de l'Agriculture. C'est aujourd'hui la principale limite à la transposition directe du modèle néo-zélandais — et c'est la raison pour laquelle le schéma décrit ci-dessous repose sur l'alternance entre taureaux Jersey NZ et Holstein-Friesian NZ, tous deux disponibles, plutôt que sur l'usage de taureaux KiwiCross® qui simplifierait pourtant considérablement les plans d'accouplement, comme c'est le cas en Nouvelle-Zélande. Le résultat génétique visé reste le même ; seul le chemin est plus long. L'Association Croisement Kiwi France, PROGENES et LIC travaillent activement à cette reconnaissance auprès des autorités françaises.

Attention toutefois à ne pas transposer directement cette composition aux premiers accouplements. La KiwiCross® à composante HF dominante décrit le troupeau de croisière, pas les croisements de départ. Un troupeau de races européennes pèse 650 à 700 kg ; la cible pâturante se situe entre 450 et 550 kg. Sur les premières générations, l'objectif prioritaire n'est donc pas le volume — il est de faire descendre le gabarit le plus vite possible, parce que c'est lui qui commande la pression au sol, les besoins d'entretien et, in fine, la capacité du troupeau à vivre de l'herbe prélevée. C'est exactement le rôle des taureaux Jersey néo-zélandais dans la phase 1 décrite ci-dessous.

Il y a cependant un cas français où la Jersey NZ pure (ou la KiwiCross® à forte composante Jersey) devient pleinement pertinente : les élevages qui transforment leur production — fromageries fermières, AOP fromagères, vente directe en lait cru, conversion bio orientée transformation. Dans ces contextes, le lait n'est plus vendu à la grille interprofessionnelle mais valorisé à la matière utile par l'éleveur lui-même, et la concentration extrême en TB/TP de la Jersey NZ devient un avantage économique majeur (rendement fromager supérieur, moindre volume à transformer pour la même quantité de fromage). PROGENES accompagne ces profils d'élevage avec un schéma génétique spécifique.

Cette stratégie est cohérente avec la voie irlandaise : Teagasc utilise massivement la Holstein-Friesian dans son schéma EBI, en mobilisant l'hétérosis Jersey × HF de façon tactique (sur les troupeaux à faible fertilité, par exemple), sans bascule en Jersey pure ou en croisement à forte composante Jersey. C'est la même logique : capter les bénéfices de l'hétérosis tout en restant cohérent avec le contexte économique européen.

Comment intégrer la KiwiCross® dans un troupeau Holstein française existant

Le schéma technique de croisement publié par LIC et PROGENES6 donne le cap. La KiwiCross® cible un profil génétique F8/J8 (8/16 de sang Friesian + 8/16 de sang Jersey), porteur de 100 % d'hétérosis en F1 et de 50 % maintenu génération après génération avec des taureaux KiwiCross®. Pour un éleveur français partant d'un troupeau Holstein pure (F16/J0), la transition se construit en deux phases distinctes, avec un point d'entrée et une logique de maintien.

Phase 1 — Premier croisement (F1) : activer la structure du futur troupeau et capter 100 % d'hétérosis

Le premier croisement est celui qui amorce tout. Croiser une vache Holstein française (F16/J0) avec un taureau Jersey néo-zélandais pur (F0/J16) produit une fille F8/J8 en répartition des sangs et capte 100 % d'hétérosis (MG +4,7 %, protéine +4,6 %, fertilité +5,2 %, carrière +13,5 %). C'est l'option qui maximise l'effet immédiat — croiser cette même mère avec un taureau HF NZ ne change pas le profil (F16/J0), croiser avec un taureau KiwiCross® donne F12/J4 et seulement 50 % d'hétérosis.

Pourquoi la Jersey NZ plutôt que la HF NZ sur ce premier croisement ? Pour une raison de gabarit, pas de taux. Une Holstein française de 700 kg croisée avec un taureau HF NZ (500-550 kg) donne une fille encore proche de 600-625 kg ; le même croisement avec un taureau Jersey NZ (430-450 kg) la ramène autour de 570-580 kg. Soit 40 à 50 kg gagnés dès la première génération, et souvent une génération entière économisée sur l'atteinte de la fourchette pâturante. Dans une conversion, ce délai est l'essentiel : chaque année passée avec un troupeau hors cible est une année où la marge attendue ne se matérialise pas.

Mais attention à la lecture : la F1 reste, pour la moitié de son génome, héritière de la Holstein européenne — qui, comme nous l'avons vu plus haut, n'a pas été sélectionnée pour le pâturage. La réduction du gabarit n'est donc que partielle en F1, et quand la fille F1 reste grande, il est nécessaire de répéter le type de premier croisement (Jersey NZ pur ou KiwiCross®) sur la génération suivante pour faire reculer davantage la part de Holstein européenne. Cela vaut pour le poids comme pour les autres traits pâturants (broutage actif, fertilité saisonnière, persistance) : ils s'expriment d'autant plus pleinement que la part de génétique LIC sélectionnée augmente au fil des générations.

Le bénéfice immédiat de la F1 est donc surtout structurel : amorcer le changement de profil et capter l'hétérosis maximal. La pleine expression de la KiwiCross® se construit ensuite sur 2 à 3 générations successives, au rythme des accouplements de la phase suivante.

Phase 2 — Maintien de la F1 et générations suivantes

Une fois la F1 F8/J8 obtenue, l'objectif devient le maintien du profil. Trois options à l'accouplement de la F1 :

  • Maintien strict — F1 × taureau KiwiCross® : fille F2 = F8/J8, 50 % d'hétérosis maintenu. Régime de croisière indéfini.
  • Glisser vers plus de HF — F1 × taureau HF NZ : fille F2 = F12/J4, 50 % d'hétérosis. Option pour les livreurs qui veulent ramener du volume — cohérente avec la stratégie HF dominante PROGENES.
  • Glisser vers plus de Jersey — F1 × taureau Jersey NZ : fille F2 = F4/J12, 50 % d'hétérosis. Option pour les élevages transformateurs (fromage fermier, AOP, bio à valorisation directe).

Le document « Obtenir une KiwiCross® » publié par PROGENES détaille les combinaisons père/mère possibles (tableau sur 16) — un outil de pilotage pour ajuster la composition du troupeau aux objectifs économiques.

Aucune de ces stratégies ne donne de signal avant 24 mois. Le troupeau atteint son régime de croisière entre 5 et 6 ans, période à laquelle la vache croisée atteint son plein potentiel productif — et où l'hétérosis +13,5 % de carrière prend tout son sens en maintenant davantage de vaches productives à 7, 8 et 9 ans.

Le maillon manquant à ce schéma, c'est la reconnaissance collective : un troupeau KiwiCross® français doit pouvoir être identifié, valorisé et fédéré avec ses pairs. C'est le rôle de l'Association Croisement Kiwi France5 (CKF), qui promeut la vraie KiwiCross® et protège la marque contre les confusions évoquées plus haut.

À retenir — les 4 idées de cet article

L'hétérosis améliore les performances par rapport à la moyenne des parents — il ne crée pas de traits absents. Croiser deux populations non pâturantes ne donne pas une vache pâturante.

La VRAIE KiwiCross® est le croisement HF NZ × Jersey NZ conduit par LIC. Toutes les autres combinaisons (Jersey-Frison français, ProCROSS, croisements trois voies européens) ne sont PAS des KiwiCross®, et leurs performances au pâturage ne sont pas équivalentes.

Le ProCROSS est un excellent outil pour les systèmes conventionnels européens, mais il n'a pas été conçu pour le pâturage : aucune des trois races parentes n'a été sélectionnée intégralement dans un système 100 % pâturant.

Pour le contexte français, le choix cohérent est la KiwiCross® à composante HF dominante (volume + aptitude pâturage), en ligne avec la voie irlandaise (Teagasc / EBI). L'Association Croisement Kiwi France fédère les éleveurs français autour de cette approche.

Vers l'article 5 : l'économie du pâturage

Nous avons regardé dans cette série la mécanique technique de la génétique pâturante : pourquoi la conduite ne suffit pas, quels traits caractérisent une vache pâturante, pourquoi la fertilité et la longévité sont structurelles, et pourquoi le bon croisement n'est pas n'importe quel croisement.

Reste une question : tout cela est-il économiquement démontré ? Dans le dernier article de la série, nous mobilisons les données économiques accumulées depuis 30 ans par INRAE Mirecourt, Teagasc Moorepark, DairyNZ, le réseau CIVAM et l'AFPF.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une vraie KiwiCross® ?

La KiwiCross® est le croisement déposé Holstein-Friesian néo-zélandaise × Jersey néo-zélandaise, conduit par la coopérative LIC depuis 2005. C'est une marque enregistrée — pas un terme générique. Elle représente aujourd'hui environ 48 % du cheptel laitier néo-zélandais. Sa performance vient du fait que les DEUX races parentes ont été sélectionnées depuis plus d'un siècle dans un système 100 % pâturant et saisonnier.

Quelle est la différence entre KiwiCross® et ProCROSS ?

Deux programmes de croisement organisé, deux philosophies opposées. La KiwiCross® est un croisement à deux voies (HF NZ × Jersey NZ) entre deux populations sélectionnées intégralement dans un système 100 % pâturant saisonnier. Le ProCROSS est un croisement rotatif à trois voies (Holstein internationale × Montbéliarde × Viking Red) développé par Coopex Montbéliarde et VikingGenetics, déployé mondialement dans des systèmes conventionnels (TMR, stabulation). Aucune des trois races parentes du ProCROSS n'a été sélectionnée en système 100 % pâturant — c'est ce qui fait la différence de comportement au pâturage.

Peut-on parler de KiwiCross® pour un croisement Jersiaise française × Holstein française ?

Non. C'est une confusion fréquente sur le terrain français, mais elle est techniquement fausse. Croiser une Jersiaise française et une Holstein française produit bien de l'hétérosis (réel : +0,1 point de TP, –19 % de cellules, +9 % de fertilité selon Idele), mais cela ne donne pas une KiwiCross®. Pourquoi ? Parce que les performances de la VRAIE KiwiCross® découlent du fait que les deux races parentes ont été sélectionnées en système pâturant saisonnier depuis plus d'un siècle. Un croisement bricolé avec deux races non pâturantes vous donnera une vache plus fertile et plus concentrée, mais pas une vache pâturante.

Quel est le gain d'hétérosis attendu sur une KiwiCross® F1 ?

Les données DairyNZ sur le croisement Holstein-Friesian × Jersey en système pâturant donnent : matières grasses +4,7 %, protéine +4,6 %, volume de lait +4,2 %, fertilité +5,2 %, comptage cellulaire –4,1 % (favorable), poids vif +2,1 %, et surtout +13,5 % de carrière (longévité productive). Ce dernier chiffre est le plus déterminant économiquement, parce qu'il dilue le coût de génisse sur davantage de lactations productives.

Comment intégrer la KiwiCross® dans un troupeau Holstein française existant ?

Deux phases. Phase 1 — premier croisement : accoupler la mère Holstein française (F16/J0) avec un taureau Jersey néo-zélandais pur (F0/J16) donne une fille F8/J8 directement, avec 100 % d'hétérosis et un gabarit réduit. Mais attention : la F1 reste à 50 % héritière du génome Holstein européenne, et la pleine expression de la KiwiCross® se construit sur 2 à 3 générations. Phase 2 — maintien : sur la F1 F8/J8, on accouple avec un taureau KiwiCross® pour rester à F8/J8 avec 50 % d'hétérosis. Variantes possibles selon les objectifs (plus de HF pour le volume, plus de Jersey pour la concentration).

Pour un éleveur français, quelle composition de KiwiCross® privilégier ?

La composante HF dominante. La grille de paiement française récompense le volume autant que la concentration (à la différence de la Nouvelle-Zélande qui paie uniquement à la matière sèche). Une KiwiCross® à composante HF marquée apporte donc le volume nécessaire au modèle économique français tout en conservant l'aptitude pâturage et l'hétérosis. La Jersey NZ pure reste un excellent choix de niche pour les éleveurs qui transforment leur production (fromage fermier, AOP, bio à valorisation directe).

Sources et références

  • 1. DairyNZ — Données d'hétérosis F1 sur le croisement Holstein-Friesian × Jersey en système pâturant (MG +4,7 %, Protéine +4,6 %, Volume +4,2 %, Poids +2,1 %, Fertilité +5,2 %, SCC –4,1 %, Carrière +13,5 %). Données de référence DairyNZ — New Zealand Dairy Statistics, validées scientifiquement par Lembeye et al. (2016), Breed and heterosis effects for milk yield traits, NZ Journal of Agricultural Research (hétérosis 4,1-7,6 % sur les traits de production, mesuré sur 35 192 Friesian, 31 118 Jersey et 88 606 F × J).
  • 2. Teagasc — Sustainable breeding — what are the options? (hétérosis F1 Jersey × Holstein : +25 kg MU, –7,5 j IVV, +3,5 % survie, +€472/carrière).
  • 3. Idele — Le croisement laitier (croisement Jersey × Holstein : +0,1 pt TP, –19 % cellules, +9 % fertilité).
  • 4. ProCROSS — Site officiel procross.fr (programme Coopex Montbéliarde / VikingGenetics, croisement rotatif 3 voies Holstein × Montbéliarde × Viking Red, 86 % d'hétérosis maintenu).
  • 5. Association Croisement Kiwi France — croisementkiwifrance.fr, page L'association et magazines Parlons Kiwi n°01 et n°02 (≈ 48 % du cheptel laitier NZ).
  • 6. PROGENES — Comment programmer les croisements laitiers (schéma des 4 croisements, tableau père/mère sur 16) et Effet d'hétérosis et héritabilité.
  • Pour aller plus loin : LIC + DairyNZ — New Zealand Dairy Statistics 2024-25 (61 % du cheptel NZ en croisé HF × Jersey) • Teagasc — Understanding the EBI
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Dans cet article

  • L'hétérosis : ce que le croisement apporte mécaniquement
  • « Kiwi », « Kiwi-Cross », « croisement Jersey-Frison »… : la confusion française qu'il faut lever
  • ProCROSS : un croisement rotatif trois voies conçu pour les systèmes conventionnels
  • Le croisement Jersey-Frison « bricolé maison » : pourquoi il ne fait pas une vache pâturante
  • Tableau comparatif des quatre stratégies
  • Pour la France : KiwiCross® à composante HF dominante, pas Jersey lourde
  • Comment intégrer la KiwiCross® dans un troupeau Holstein française existant
  • Vers l'article 5 : l'économie du pâturage
  • Questions fréquentes
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