Le gène slick : LIC prépare des vaches laitières qui supportent mieux la chaleur

Le gène slick donne aux vaches un poil ras et les aide à garder une température plus basse quand il fait chaud [1][2]. La coopérative néo-zélandaise LIC a été la première à identifier la mutation responsable et travaille depuis 2014 à l'intégrer dans ses vaches laitières conduites au pâturage [2][5]. LIC vise 2029 pour la diffuser largement en Nouvelle-Zélande [4][5]. En France, des doses de taureaux slick peuvent déjà être produites sur demande.
Stress thermique des vaches laitières : un sujet dans toute la France
Une vache laitière commence à souffrir de la chaleur à partir d'un indice température-humidité (THI) de 68, soit par exemple 22 °C avec 50 % d'humidité. Il suffit de 26 °C avec 40 % d'humidité pour atteindre un THI de 72. Au-delà de 68, la vache perd de 270 à 590 g de lait par jour pour chaque point de THI supplémentaire. La reproduction souffre aussi : après un épisode de chaleur, le taux de conception peut baisser de 10 à 30 points [8].
Les étés chauds touchent désormais toutes les régions d'élevage, y compris celles réputées tempérées. Même en Bretagne, on compte déjà une vingtaine de jours de stress léger par été, et jusqu'à 50 jours en fin de siècle dans le scénario climatique le plus pessimiste [9]. Les seuils à surveiller, les signes à repérer et les solutions concrètes sont détaillés dans notre article Stress thermique de la vache laitière : seuils, signes et solutions au pâturage.
Un gène identifié par LIC
Le poil ras, ou « slick », est connu depuis 2003 chez le Senepol, une race à viande des Caraïbes [1]. Personne ne savait alors quel gène en était responsable.
Les chercheurs de LIC l'ont trouvé en 2013 : une toute petite mutation du gène du récepteur de la prolactine. LIC a déposé un brevet en octobre 2013 et publié la découverte en décembre 2014 [2][3]. Une équipe américaine est arrivée au même résultat de son côté, à quelques mois près [10]. Grâce à cette découverte, on peut savoir dès la naissance, par un simple test ADN, si un veau porte le gène.
Le caractère est dominant : un seul exemplaire du gène suffit pour avoir le poil ras [1]. Pour un éleveur, c'est un avantage pratique, car un taureau porteur peut transmettre le caractère dès la première génération de croisement.
Ce que fait LIC depuis 2014
LIC a croisé des taureaux Senepol avec ses vaches laitières, puis a recroisé les descendantes sur ses meilleures lignées laitières, en testant chaque veau par ADN [4]. Les essais sont menés avec l'université Lincoln. En 2023, de nouveaux accouplements de taureaux slick sur des vaches de haut niveau génétique ont été lancés dans toute la Nouvelle-Zélande [5].
LIC justifie ce programme par le réchauffement chez elle : le stress thermique devient plus fréquent dans le troupeau néo-zélandais, et les projections annoncent davantage de jours chauds d'ici 2040 dans le Waikato, sa principale région laitière [4][5].
LIC se fixe une règle : ne proposer cette génétique aux éleveurs que lorsque les vaches slick produiront autant que ses meilleures vaches sans le gène, et après avoir vérifié qu'elles supportent aussi le froid, puisque le troupeau néo-zélandais va d'un nord presque tropical à un sud bien plus frais [4][5]. L'objectif annoncé est 2029 [4][5].
Ce que montrent les essais
Au pâturage en Nouvelle-Zélande, par une journée à 28 °C, les vaches slick de LIC sont restées vers 38,5 °C, alors que les vaches témoins montaient à 39,5 °C. Leur poil était environ trois fois plus court au niveau du cou. L'essai portait sur 9 vaches slick et 9 témoins, et certaines témoins supportaient la chaleur aussi bien que les slick : d'autres gènes jouent donc aussi [6]. En Floride, la température maximale des Holstein slick était de 38,7 °C, contre 39,3 °C pour les autres [7].
Sur la fertilité, une étude menée à Porto Rico au pâturage donne un intervalle vêlage-vêlage de 14,4 mois chez les vaches slick, contre 16,1 mois chez les autres [11]. Les effectifs restent petits, et d'autres études devront le confirmer.
Et la production de lait ?
Les génisses slick de LIC ont produit environ 18 % de lait en moins que des génisses d'élite [4]. Elles portaient encore 12,5 % de sang Senepol, une race à viande [6]. C'est pour cette raison que LIC continue la sélection avant de vendre cette génétique. Aucune étude publiée ne montre que le gène lui-même fait baisser la production.
Et pour votre élevage ?
En Nouvelle-Zélande, LIC vise 2029 pour diffuser largement cette génétique [4][5]. Pour la France, des doses de taureaux slick peuvent être produites aux normes européennes, à partir d'une demande ferme. Il faut prévoir plusieurs mois entre la demande et la mise à disposition. Si le sujet vous intéresse, parlez-en à Progenes.
En attendant, l'ombre, l'abreuvement et une génétique fertile restent les meilleures parades à la chaleur [8]. Les taureaux Holstein-Friesian et Jersey néo-zélandais du catalogue Génétique pâturante sont sélectionnés sur la fertilité. Pour les gestes à mettre en place l'été, voir notre article sur la gestion du stress thermique des vaches laitières.
Questions fréquentes
Progenes distribue en France la génétique de la coopérative néo-zélandaise LIC.
Sources
- Olson T.A. et al. (2003). Evidence of a major gene influencing hair length and heat tolerance in Bos taurus cattle. Journal of Animal Science 81(1):80-90. https://academic.oup.com/jas/article/81/1/80/4789757
- Littlejohn M.D. et al. (2014). Functionally reciprocal mutations of the prolactin signalling pathway define hairy and slick cattle. Nature Communications 5:5861. https://www.nature.com/articles/ncomms6861
- Brevet US10779518, Livestock Improvement Corporation, priorité du 25 octobre 2013. https://patents.google.com/patent/US10779518
- LIC (23 février 2022). Meet New Zealand's coolest cows. https://www.lic.co.nz/news/meet-new-zealands-coolest-cows/
- LIC (28 septembre 2023). Slick solutions: research advances in LIC's heat tolerance programme. https://www.lic.co.nz/news/slick-solutions-research-advances-in-lics-heat-tolerance-programme/
- Worth G.M. et al. (2023). Effects of the SLICK gene on heat tolerance in grazing dairy cattle. New Zealand Journal of Animal Science and Production 83:5-7. https://www.nzsap.org/system/files/proceedings/brief-communication-effects-slick-gene-heat-tolerance-grazing-dairy-cattle.pdf
- Progressive Dairy (20 février 2018). A more heat-tolerant Holstein is on the way. https://www.agproud.com/articles/topics/a-i-breeding/a-more-heat-tolerant-holstein-is-on-the-way
- Institut de l'Élevage pour le Cniel (2021). Impacts du stress thermique sur les vaches laitières. https://r2.vert.eco/2025/08/15100021/Impacts_du_stress_thermique_sur_les_vaches_laitieres_Cniel.pdf
- Chambres d'agriculture. Changement climatique et production laitière dans le pourtour du relief breton. https://opera-connaissances.chambres-agriculture.fr/doc_num.php?explnum_id=221253
- Sonstegard T.S. et al. (juillet 2014). The identification of a putative mutation for SLICK hair coat in Senepol cattle. Congrès ADSA-ASAS-CSAS, Kansas City. https://asas.confex.com/asas/jam2014/webprogram/Paper8373.html
- Ortiz-Uriarte B.P. et al. (2020). Comparison of milk production and calving intervals between Slick and Wild-Type Holsteins in a tropical grazing production system. Archivos Latinoamericanos de Producción Animal 28(3-4). https://www.researchgate.net/publication/347279120



