Planifier une période de tarissement réussie : conseils néo-zélandais pour les troupeaux à vêlages groupés saisonniers

Par Sean Chubb, Business development consultant LIC Europe
Tout le monde a besoin de vacances annuelles — les vaches laitières aussi !
Entre deux lactations, elles ont l’occasion de récupérer et de se préparer pour la suivante. Dans les troupeaux à vêlages groupés saisonniers, cette période de « repos » s’accompagne souvent d’une baisse d’activité qui peut aussi permettre aux éleveurs de souffler un peu.
Pourquoi la période de tarissement est-elle essentielle ?
La mamelle a besoin de temps pour se régénérer entre deux lactations afin d’optimiser la production de lait de la suivante.
Cette phase de « repos », appelée période de tarissement, n’est pourtant pas une période d’inactivité.
D’abord, la mamelle involue (arrête la production de lait et élimine les cellules épithéliales productrices de lait), puis elle se régénère (reconstitue et active de nouvelles cellules mammaires), tout en produisant du colostrum en prévision du vêlage suivant.
Le processus d’arrêt de la lactation est appelé tarissement (drying off) et représente une phase clé du calendrier d’un élevage laitier.

Objectifs de la période de tarissement
Pendant cette période, l’éleveur peut :
- Traiter les infections mammaires existantes,
- Prévenir de nouveaux cas de mammite,
- Adapter l’alimentation pour que les vaches atteignent leur Note d’État Corporel (NEC) cible au vêlage,
- Et, pour les systèmes à vêlages groupés, éventuellement profiter lui-même d’un repos bien mérité !
Un plan de tarissement bien conduit prépare la voie à des vaches en meilleure santé, à un taux de mammite plus faible et à une meilleure productivité lors de la lactation suivante.
Il est donc essentiel de bien le planifier.
Les recommandations SmartSAMM de DairyNZ proposent une méthode pratique et éprouvée, basée sur la recherche, pour aider les éleveurs néo-zélandais à organiser le tarissement. La plupart des principes s’appliquent également aux élevages laitiers pâturants à vêlages groupés d’autres pays. Il est toutefois recommandé de consulter son vétérinaire ou conseiller pour les adapter à sa propre situation.
Planifier avec un vétérinaire
Chaque troupeau est différent et nécessite un plan adapté.
Commencez par consulter votre vétérinaire afin d’évaluer la santé des mamelles et d’élaborer un protocole de traitement individualisé.
Votre vétérinaire peut vous aider à :
- Analyser les comptages cellulaires (SCC) et l’historique des mammites,
- Évaluer l’état des extrémités des trayons,
- Identifier les vaches nécessitant une thérapie antibiotique au tarissement (DCT),
- Déterminer si l’usage de bouchons de trayons internes (ITS) est pertinent,
- Concevoir un plan de traitement sélectif au tarissement (SDCT),
- Discuter d’un éventuel plan de réforme ciblé.

L’importance d’un bon suivi
Des données précises sont la base d’une bonne décision.
Veillez à enregistrer :
- Les niveaux individuels de cellules,
- Les cas de mammite clinique,
- Les résultats de culture et de sensibilité,
- L’historique et la réponse aux traitements,
- L’âge, l’état de santé, la NEC et la date de vêlage prévue de chaque vache.
Ces informations permettent d’identifier les vaches à traiter, celles qui peuvent être taries sans intervention et celles à réformer.
Déterminer le moment et la méthode de tarissement
La date de tarissement est un choix stratégique.
Les vaches doivent bénéficier d’une période de repos suffisante pour :
- Permettre à la mamelle de se régénérer complètement (au moins 6 à 8 semaines),
- Atteindre les NEC cibles au vêlage (3,3 pour les primipares et 3 pour les vaches adultes).
Les vaches qui atteignent leur NEC cible vêlent en meilleure santé et produisent plus de lait avec une meilleure fertilité.

La production au moment du tarissement influence les risques de fuites de lait et de mammites. Les recommandations SmartSAMM proposent un repère basé sur le niveau de production (voir tableau 1).
Tableau 1. Recommandations selon le niveau de production journalier
Production (L/vache/jour) | Recommandations |
|---|---|
< 5 L/j | Peut être tarie immédiatement, pour éviter l’augmentation naturelle des cellules. |
5–10 L/j | Peut être tarie sans fuite excessive, si la gestion post-tarissement favorise l’involution. |
> 10 L/j | Réduire progressivement la production par l’alimentation avant tarissement : baisser de 30 à 50 % la matière sèche ingérée sur 1–2 semaines, supprimer les concentrés la dernière semaine, tout en couvrant les besoins d’entretien d’une vache gestante de 6–8 mois. |
Les stratégies alimentaires sont la meilleure méthode pour faire baisser la production ; il faut éviter les pratiques dépassées telles que la traite alternée ou réduite, qui augmentent les risques de mammite et de cellules élevées.
Élaborez un plan d’alimentation spécifique pour toute la période de tarissement avec votre conseiller.
Gestion de la Note d’État Corporel (NEC)
Le moment du tarissement et le niveau d’alimentation durant cette période influencent directement la NEC au vêlage.
Dans les systèmes à vêlages groupés, la gestion collective est efficace, mais chaque vache doit être évaluée individuellement et nourrie selon ses besoins.
- Les vaches ne prennent généralement pas de poids dans les 10 jours suivant le tarissement ni dans les 30 jours précédant le vêlage.
- Les jeunes vaches continuent à croître et nécessitent plus de temps pour améliorer leur NEC.
- La date de tarissement doit donc être suffisamment anticipée pour atteindre la NEC cible au 8ème mois de gestation.
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Le guide de référence DairyNZ sur la Note d’État Corporel fournit un tableau utile pour estimer la date de tarissement en fonction de l’âge, du type d’alimentation et de la NEC.
Note d'état corporel | Jours de tarissement avant vêlage | ||
|---|---|---|---|
Vache adulte | 1er et 2è veau | Pâture d'automne avec complémentation limitée | Pâturage d'automne et/ou compléments alimentaires de haute qualité fournis en plus de l'alimentation d'entretien |
3,0 | 3,5 | 160 | 120 |
3,5 | 4,0 | 130 | 100 |
4,0 | 4,5 | 100 | 80 |
4,5 | 5,0 | 70 | 60 |
5,0 | 5,5 | 42* | 42* |
Remarque : comprend 10 jours pendant lesquels les vaches sont taries et ne prennent pas de NEC et 30 jours pendant lesquels les vaches ne prennent pas de poids corporel avant le vêlage.
(*)DairyNZ recommande une période de tarissement minimale de 42 jours pour toutes les vaches, quel que soit leur NEC.
Source : Évaluation de l'état corporel Guide de référence pour les producteurs laitiers néo-zélandais Version 3 08/2024 DNZ10-102. Consulté le 26 septembre 2025.
Traitement des vaches : l’hygiène avant tout
Une bonne hygiène lors de l’administration des traitements (antibiotiques ou obturateurs internes) est primordiale :
- Tarir les vaches par temps sec,
- Utiliser du personnel formé et ganté
- Nettoyer soigneusement les trayons,
- Suivre les instructions des produits,
- Pulvériser les trayons après traitement.
Pour éviter les erreurs (mauvais dosage, traite accidentelle de vaches taries, etc.) :
- Regrouper les vaches par lots avant traitement,
- Les identifier clairement,
- Enregistrer tous les traitements et respecter les délais d’attente,
- Maintenir les vaches taries séparées du troupeau laitier.
Suivi post-traitement
Après le tarissement :
- Déplacer les vaches dans des pâtures ou bâtiments propres et secs,
- Éviter les zones boueuses, effluents ou aires d’alimentation pendant 7–14 jours,
- Distribuer une ration d’entretien,
- Surveiller les signes de mammite ou d’inconfort, et consulter le vétérinaire si nécessaire,
- Minimiser le stress et garantir un accès permanent à l’eau propre.
Une fois la pression dans la mamelle réduite, il faut concentrer l’alimentation sur l’amélioration de la NEC si besoin.
Ne pas oublier l’installation de traite
Avant la prochaine lactation, inspectez et entretenez l’installation de traite.
Un audit de qualité du lait et de gestion des mammites aide à identifier les points à corriger, notamment si les cellules sont élevées.
Conclusion
Planifier le tarissement n’est pas seulement une bonne pratique, c’est une nécessité pour la santé du troupeau et la rentabilité de l’élevage.
Avec une stratégie claire, le soutien du vétérinaire et une attention rigoureuse aux détails, vous donnerez à vos vaches les meilleures chances de réussir leur prochaine lactation.
Avertissement
Ces recommandations sont issues des pratiques de l’industrie laitière néo-zélandaise. Les systèmes et conseils peuvent varier selon les pays. Ces informations ont un caractère général ; elles ne remplacent pas les conseils personnalisés de professionnels qualifiés. LIC ne garantit pas leur applicabilité directe aux éleveurs français.
Références
Basé sur les informations SmartSAMM de DairyNZ :
- www.dairynz.co.nz/animal/mastitis/dry-off/
- www.dairynz.co.nz/animal/mastitis/dry-cow-strategies/
- www.dairynz.co.nz/search/?q=SmartSAMM+technotes
- www.dairynz.co.nz/media/hjpl5oj2/body-condition-score-reference-guide-2024.pdf
Les SmartSAMM Guidelines et Technotes de DairyNZ font partie d’un cadre global de gestion de la mammite, développé avec des experts du secteur et adapté du programme australien Countdown Downunder.