Élevage des veaux : poser les bases d’une vache rentable

Par Sean Chubb, Business development consultant LIC Europe
Une vache rentable est une vache capable de produire efficacement un lait de qualité, à faible coût de production, sur plus de quatre lactations. Une vache rentable est une vache capable de produire efficacement un lait de qualité, à faible coût de production, sur plus de quatre lactations (on en parle plus en détail dans cet article sur la préparation à la mise à la reproduction).
C’est pour cette raison que les veaux doivent être considérés comme un investissement et non comme un coût dans l’exploitation.
Objectifs de la période naissance – sevrage

La phase allant de la naissance au sevrage a trois objectifs majeurs :
- minimiser la mortalité des veaux
- développer efficacement le rumen
- au minimum doubler le poids de naissance.
Objectifs de mortalité
Période | Taux cible |
|---|---|
0–24 heures | < 6 % |
1–30 jours | < 2 % |
31–60 jours | < 1 % |
2–24 mois | < 1 % |
Colostrum : un enjeu vital dès la naissance
Dès la naissance, il est vital que le veau reçoive un colostrum de bonne qualité et en quantité suffisante dans les 12 premières heures de vie. Les veaux naissent sans système immunitaire actif et dépendent entièrement du colostrum pour acquérir leur immunité précoce. Après 24 heures, leur capacité à absorber les anticorps chute fortement.
Les veaux doivent recevoir au minimum 10 % de leur poids vif en colostrum. Pour être considéré comme de qualité satisfaisante, le colostrum doit afficher :
- une valeur > 22 au réfractomètre Brix, ou
- > 1050 mg/ml au colostromètre.
Les primipares présentent un risque accru de produire un colostrum de qualité insuffisante, même avec une préparation correcte avant vêlage. Ce risque est renforcé lorsque les génisses vêlent plus tôt que le reste du troupeau. Pour sécuriser cette phase, il est recommandé de disposer de colostrum congelé ou d’un substitut de colostrum, à condition de mettre en place un suivi rigoureux.
Une hygiène irréprochable lors de la collecte et de la distribution est essentielle : la présence de bactéries peut empêcher l’absorption correcte du colostrum. En cas de doute sur le transfert d’immunité, celui-ci peut être vérifié par une analyse sanguine.
Il est important de rappeler que la couleur du colostrum n’est pas un indicateur de qualité. Elle dépend principalement de la teneur en matière grasse. Le premier colostrum peut contenir environ 25 % de matière grasse et 20 % de protéines, des niveaux qui diminuent progressivement sur les quatre premiers jours. Cette richesse énergétique justifie pleinement que les veaux bénéficient de ce lait durant toute cette période.
Organisation des premiers jours
La mise en place d’un parc d’apprentissage, dans lequel les veaux sont entraînés à boire. La mise en place d’un parc d’apprentissage, dans lequel les veaux sont entraînés à boire
La pesée des veaux à l’entrée du bâtiment d’élevage est un outil clé. Elle permet :
- d’ajuster précisément les volumes de colostrum et de lait distribués,
- de disposer d’un poids de naissance de référence,
- de suivre les vitesses de croissance dans le temps et d’identifier rapidement toute dérive.
Alimentation après la phase colostrale

Après la période colostrale, l’alimentation vise à :
- développer le rumen,
- préparer une transition fluide vers le sevrage et la mise à l’herbe,
- maximiser la croissance tout en maîtrisant les coûts.
Le mode d’alimentation influence directement les performances de croissance avant et après sevrage. Le schéma suivant vise un sevrage précoce autour de 6 semaines.
Distribuer aux veaux 15 % de leur poids vif en lait, associé à un aliment solide à volonté, permet de couvrir leurs besoins énergétiques initiaux. À mesure que leurs besoins augmentent, les veaux les compensent par une consommation accrue d’aliment.
Les critères de sevrage sont clairs :
- le veau doit avoir au minimum doublé son poids de naissance,
- il doit consommer au moins 1,5 kg d’aliment par jour.
Si l’un de ces critères n’est pas atteint, le veau n’est pas prêt à être sevré. De l’eau propre et fraîche ainsi que de la paille doivent être disponibles en permanence pour favoriser le développement du rumen.
Intérêt du colostrum prolongé et des volumes de lait

Des travaux ont montré que l’incorporation de 0,7 kg de lait colostral pour 5 litres de lait, du 2ᵉ au 14ᵉ jour de vie, améliore significativement les performances de croissance, y compris à plus long terme. Il n’est pas nécessaire que ce colostrum soit issu de la première traite pour observer ces bénéfices.
D’autres études indiquent qu’une augmentation du volume de lait jusqu’à 8 litres par jour favorise le développement du rumen et les niveaux d’ingestion. Ces essais ont été réalisés en bâtiment. Dans les systèmes pâturants, où l’ingestion est limitée par la teneur en matière sèche de l’herbe et la vitesse de pâturage, les bénéfices attendus sont probablement plus limités.
L’inconvénient principal d’un apport élevé en lait est un retard de consommation de l’aliment solide, et donc un ralentissement du développement du rumen.
Utilisation des laits de remplacement
Les veaux nouveau-nés digèrent mal la majorité des protéines végétales ainsi que certains sucres. Les laits de remplacement doivent donc contenir des protéines et des sucres d’origine animale.
Les besoins nutritionnels sont doubles :
- l’énergie est indispensable aux fonctions vitales et à l’utilisation des protéines,
- les protéines apportent les acides aminés nécessaires à la construction musculaire.
Il est fortement conseillé d’éviter les changements fréquents d’aliment, susceptibles de provoquer des diarrhées.
Conditions d’élevage et environnement

L’environnement d’élevage influence directement les performances de croissance. Les veaux élevés en groupe s’adaptent mieux au sevrage et à l’intégration ultérieure dans le troupeau que ceux élevés individuellement. Il est recommandé de constituer des groupes de 5 à 10 veaux jusqu’au sevrage.
Les veaux nouveau-nés présentent un rapport surface corporelle/poids élevé, les rendant sensibles aux conditions climatiques. La plage de température idéale se situe entre 15 et 25 °C.
- De 0 à 3 semaines : + 50 g de poudre de lait par tranche de 5 °C en dessous de 15 °C
- De 3 à 6 semaines : + 50 g de poudre de lait par tranche de 5 °C en dessous de 10 °C
- En lait entier : + 0,33 litre par tranche de 5 °C
La ventilation est essentielle pour limiter les risques de pneumonie. Le débit d’air cible se situe entre 0,25 et 0,5 m/s. En dessous, l’air n’est pas suffisamment renouvelé ; au-dessus, le risque de pertes thermiques augmente.
La litière doit être épaisse, propre et sèche, ce qui implique généralement plusieurs apports par semaine.
Bien-être et comportement
La mise à disposition de jouets permet de réduire les comportements de tétées croisées et d’améliorer le comportement social des veaux.
En conclusion
En cas de difficulté dans l’élevage des veaux, il est recommandé de s’appuyer sur son vétérinaire et d’autres professionnels. Cet accompagnement est rapidement rentabilisé grâce à de meilleurs veaux, une mortalité réduite et des vaches plus productives à l’âge adulte.