Alimentation de transition

Par Sean Chubb, Business development consultant LIC Europe
L’alimentation de transition couvre les 3 semaines avant et les 3 semaines après le vêlage. La vache doit y arriver à sa NEC cible. Sa ration apporte au moins 12 % de protéines brutes, repose sur les mêmes aliments avant et après vêlage, et dose le magnésium et le calcium pour prévenir la fièvre de lait.
La période de tarissement est une phase cruciale pour les vaches laitières : elle leur permet de réparer et régénérer les tissus de la mamelle.
Pour cela, une durée minimale de 6 semaines de tarissement est nécessaire, mais 8 semaines sont préférables.
Afin d’optimiser cette récupération et de bien préparer la vache à la prochaine lactation, l’alimentation doit être rigoureusement adaptée.
Pour la conduite du tarissement lui-même (durée, traitements, date selon la NEC), voir comment planifier le tarissement en vêlages groupés.
Alimentation de transition : de 3 semaines avant à 3 semaines après le vêlage
La période de transition correspond aux 3 semaines avant vêlage et aux 3 semaines après vêlage.
Son objectif est de permettre une transition en douceur afin de maximiser la production laitière, la qualité du lait et la santé de l’animal.
Au début de cette période, les vaches doivent déjà avoir atteint la note d’état corporel (NEC) cible pour le vêlage :
- 5,0 pour les vaches adultes sur l’échelle néo-zélandaise de 1 à 10 (3,0 sur l’échelle française de 0 à 5)
- 5,5 pour les primipares et les secondes lactations (3,3 sur l’échelle française)
Pour les leviers qui permettent d’atteindre ces cibles, voir la stratégie de NEC en élevage pâturant.
Chercher à faire reprendre de l’état corporel pendant cette période n’est pas conseillé : cela ne fera que favoriser la prise de poids du veau à naître.
Si plus de 15 % du troupeau est en surcondition, il est préférable de les gérer à part et de les nourrir à 90 % de leurs besoins d’ingestion.
Les vaches trop grasses au vêlage présentent en effet une ingestion plus faible et un risque accru de troubles métaboliques comme la cétose et la fièvre de lait.
Mesurer et ajuster les apports
Connaître précisément ce que les vaches consomment permet d’éviter la sous- ou la suralimentation.
Cela implique de savoir quelle part de l’aliment distribué est réellement ingérée :
- Pour les vaches en bâtiment avant vêlage : peser les refus.
- Pour les vaches au pâturage ou sur culture (betterave fourragère, colza, etc.) : peser la biomasse disponible avant et après la pâture.
En fin de gestation, les vaches répartissent leur ingestion sur une plus longue période (voir aussi l’ingestion après le vêlage et la préparation à la reproduction).
Toute évaluation de la consommation doit donc être faite à la fin de la période d’allocation, par exemple 12 heures après la mise à disposition du fourrage.
Besoins d’ingestion des vaches (matière sèche ingérée)
MJ EM : mégajoules d’énergie métabolisable (ME, metabolisable energy), l’unité utilisée en Nouvelle-Zélande pour exprimer les besoins énergétiques des vaches et la valeur des aliments. MS : matière sèche.
Poids vif (kg) | Besoin énergétique (MJ EM/j) | Ingestion de matière sèche (à 11 MJ EM/kg MS) |
|---|---|---|
450 kg | 102 | 9,3 kg |
500 kg | 111 | 10,1 kg |
550 kg | 119 | 10,8 kg |
Besoins quotidiens d’ingestion selon le poids vif
| Poids vif | Ingestion de matière sèche |
|---|---|
| 450 kg | 9.3 |
| 500 kg | 10.1 |
| 550 kg | 10.8 |
Chaque tranche de 50 kg de poids vif ajoute 0,7 à 0,8 kg de matière sèche à ingérer par jour, ce qui se retrouve dans les stocks à prévoir pour le troupeau.
Qualité des aliments et teneur en protéines
Même s’il faut éviter la suralimentation, cela ne signifie pas qu’il faut distribuer des aliments de mauvaise qualité.
Les fourrages pauvres sont souvent déficients en protéines, or la vache tarie a besoin d’au moins 12 % de protéines brutes dans sa ration.
Ces protéines sont essentielles :
- à la production de colostrum (qui débute 5 semaines avant vêlage),
- et à la production de lait après vêlage.
Il est donc important de connaître la teneur en protéines de chaque aliment distribué et de faire analyser les différents fourrages ou concentrés utilisés.
Continuité alimentaire avant et après vêlage
Pour faciliter la transition du tarissement à la lactation, les vaches doivent recevoir les mêmes types d’aliments avant et après vêlage.
Cela permet à la flore du rumen de s’adapter progressivement à la ration et d’être pleinement efficace dès le vêlage.
Les aliments doivent être offerts dans des proportions proches de celles prévues après vêlage.
Si les vaches taries sont en bâtiment mais passeront au pâturage après vêlage, l’herbe ensilée est le fourrage le plus proche de l’herbe pâturée ; le maïs ensilage s’en éloigne davantage.
Minéraux majeurs et oligo-éléments
Pendant la période de transition, il est essentiel de maintenir les niveaux de macro-minéraux et d’oligo-éléments recommandés.
- Les besoins varient selon le type de sol et le système d’hivernage.
- Le meilleur moyen de connaître les besoins spécifiques du troupeau est de faire des analyses sanguines.
Certains minéraux comme le phosphore doivent être supplémentés, notamment pour les vaches consommant de la betterave fourragère.
Dans un système pâturant, les deux minéraux les plus critiques sont :
- le magnésium (Mg)
- le calcium (Ca)
Magnésium
Le magnésium est indispensable avant et après vêlage pour prévenir la fièvre de lait.
Il favorise la production d’hormones permettant l’absorption du calcium dans le rumen et sa mobilisation depuis les os.
- Pendant le tarissement : la ration doit contenir 0,4 % de magnésium sur matière sèche.
- Pendant la lactation : 0,3 % de MS.
Les aliments riches en potassium (> 4,5 % de la MS) augmentent le besoin en magnésium.
Les formes sulfate et chlorure de magnésium sont plus efficaces que l’oxyde pour prévenir la fièvre de lait, mais leur appétence est plus faible.
👉 Le meilleur compromis est un mélange d’oxyde + sulfate ou chlorure de magnésium.
La supplémentation doit être poursuivie jusqu’à 4 mois après vêlage.
Calcium
Le calcium doit être restreint pendant le tarissement, à environ 0,5 % de la matière sèche.
Après vêlage, les besoins explosent (+400 %), et la vache doit recevoir au moins 100 g de calcium (sous forme de farine de chaux) pour couvrir ses besoins immédiats.
Cette supplémentation n’est nécessaire que pendant la période de colostrum, sauf si des cas de fièvre de lait apparaissent plus de 5 jours après vêlage.
En résumé
La réussite de la période de transition repose sur :
- une durée de tarissement suffisante (6 à 8 semaines),
- une ration équilibrée en énergie et protéines,
- une stabilité alimentaire avant et après vêlage,
- et une gestion rigoureuse du calcium et du magnésium.
Bien conduite, cette phase garantit une entrée en lactation fluide, une meilleure production et une meilleure santé métabolique pour le troupeau.
D’après le tableau des besoins d’ingestion, une vache de 450 kg a besoin d’environ 9,3 kg de matière sèche par jour, contre 10,8 kg pour une vache de 550 kg. Le gabarit du troupeau se travaille au choix des taureaux : voir les taureaux Holstein-Friesian et Jersey néo-zélandais du catalogue Génétique pâturante.



